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„Actualités (dpa/Rédaction Posteo)“

L'UE développe un système de surveillance biométrique

Créé le 15. October 2020, 17:45 | Catégorie: News

Un nouvel outil de surveillance de l’UE est censé reconnaître via un algorithme les personnes qui passent un appel, en fonction de leur voix. Les visages dans les vidéos devraient également faire l’objet de contrôles massifs.

Logo du projet Roxanne
Ironie des développeurs ou hasard – la chanson éponyme « Roxanne » a été composée par le groupe « The Police ».

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Le projet de surveillance Roxanne financé par l’UE devrait combiner des données venant de la reconnaissance faciale et vocale à des analyses de réseau et de détection de localisation. L’objectif est d’identifier plus facilement les criminels. Il en résulte une énorme collecte de données.

Le système est censé notamment utiliser des enregistrements vocaux issus de conversations téléphoniques surveillées et exploiter des vidéos de caméras publiques de surveillance par reconnaissance faciale. Du matériel vidéo provenant de plateformes comme Youtube ou Facebook devrait également être utilisé.

24 organisations européennes issues de 16 pays participent au projet Roxanne (Real time netwOrk, teXt, and speaker ANalytics for combating orgaNized crime). La moitié d’entre elles sont des autorités judiciaires ou des ministères de l’Intérieur. Mais le secteur privé, avec par exemple Airbus, participe également. En Allemagne, ce sont l’université de la Sarre et l’université Leibniz de Hanovre qui participent. Le seul pays extra-européen participant est Israël, par le biais de son ministère de la Sécurité publique.

Facilitateur d’enquêtes

Roxanne est censé faciliter le travail de la police et servir à la surveillance des télécommunications. Cela permettrait d’identifier les participants de certaines conversations.

Afin de poursuivre des personnes suspectes qui utilisent différentes cartes SIM, Roxane utilisera également les données de localisation et collectera les numéros de téléphone et codes IMEI. Les contenus d’échanges plus anciens devraient également être enregistrés et comparés avec des informations actuelles. Les appels téléphoniques par VoIP (Voix sur IP) via, par exemple, Whatsapp ou Skype, seront intégrés à cette vaste analyse.

Les conversations téléphoniques devraient être retranscrites grâce à un logiciel de reconnaissance vocale puis archivées. D’autres informations devraient pouvoir être extraites de ces textes, comme notamment des lieux, des noms de personnes et des entreprises. Le logiciel est censé reconnaître automatiquement l’âge, le sexe et l’accent de la personne participant à la conversation.

Premiers tests

Le budget total du projet s’élève à près de 7 millions d’euros. Il se trouve encore en phase de test. Un premier test effectué avec des volontaires a été qualifié de succès par les créateurs.

À l’aide de données de la police tchèque, il a par ailleurs été démontré comment la technique pourrait être utilisée pour des enquêtes portant sur le trafic de drogues. D’« énormes quantités de données » ont été analysées afin de révéler les liens entre les membres d’un réseau criminel.

Après la conclusion du projet, prévue dans deux ans, un prototype de Roxanne pourrait être intégré aux systèmes de gestion des dossiers de la police.

Le programme précédent était inefficace

Sur la page de la Commission européenne, on trouve également le Speaker Identification Integrated Project (SIIP). Il a été financé jusqu’en 2018 et servait également à l’identification de criminels. Il peut être considéré comme le prédécesseur de Roxanne. À l’époque, Airbus, Interpol et l’Office fédéral allemand de police criminelle étaient notamment impliqués.

SIIP analysait uniquement la biométrie de la voix et ne s’appuyait pas, contrairement à Roxane, sur d’autres données. Ce procédé s’est avéré, d’après la présentation du projet, peu concluant. La marge d’erreur pour l’identification du locuteur, d’un pourcent, était trop élevée pour être satisfaisante.

Préoccupations concernant la protection des données

La légalité de l’utilisation de Roxane est encore controversée. Europol, qui participe au projet, a reçu une première réprimande de la part du Contrôleur européen de la protection des données Wojciech Wiewiorowski il y a deux semaines car l’organisation stockerait trop de données. En effet, les données ne seraient plus collectées de manière ciblée et celles de nombreuses personnes innocentes seraient également saisies. De plus, les informations seraient enregistrées plus longtemps que nécessaire à la réalisation effective des objectifs. Europol a encore deux semaines pour développer un plan d’action.

L’origine de l’examen avait été, à l’époque, une remarque de la directrice d’Europol Catherine de Boelle adressée au Contrôleur de la protection des données, le 1er avril 2019. Elle y signalait un problème avec un système d’information dont le nom était cependant noirci dans les documents. D’après la plateforme allemande pour les libertés numériques netzpolitik.org, il s’agissait de Roxanne. (hcz)

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) interdit de nouveau la conservation des données

Créé le 06. October 2020, 17:00 | Catégorie: News

La Cour de justice européenne a de nouveau rejeté la conservation de données sans motif. Il reste cependant des brèches dans lesquelles pourraient s’engouffrer les réglementations nationales.

Cour de justice européenne
CJUE : la surveillance de masse par le biais de la conservation des données demeure en grande partie illégale dans l’UE. (Source : Cour de justice de l’Union européenne)

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Le stockage généralisé et indifférencié des données de connexion à Internet et téléphoniques n’est toujours pas autorisé, d’après la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). La Cour réaffirme ainsi sa position antérieure et confirme ses décisions précédentes.

Cependant, des exceptions seraient possibles, lorsqu’il s’agirait de lutter contre la grande criminalité ou des cas concrets de menace pour la sécurité nationale, a spécifié mardi la CJUE dans un arrêt. Si un État membre « fait face à une menace grave pour la sécurité nationale qui s’avère réelle et actuelle ou prévisible », un gouvernement peut exiger une conservation des données pour une durée limitée. Cependant, un tribunal ou une autorité indépendante doivent par la suite examiner si la mesure peut apporter une protection quelconque contre la menace en question.

Avec cet arrêt, les juges luxembourgeois sont à nouveau allés dans le sens des droits civils. La décision n’a pas encore d’effet direct sur la réglementation allemande controversée portant sur la conservation des données. Dans le cas présent, une procédure distincte est en cours, dans laquelle la décision est attendue dans les mois qui viennent. La décision actuelle devrait cependant donner des indications sur la manière dont le cas allemand sera jugé.

Dans le cas présent, la Cour constitutionnelle de Belgique, le Conseil d’État français et le tribunal britannique chargé des pouvoirs d’enquête ont voulu savoir si la directive européenne sur la protection des données pour les communications électroniques peut notamment être appliquée à des mesures telles que la lutte contre le terrorisme.

Dans ces pays, des associations de défense des droits civils comme l’ONG francaise “La Quadrature du Net” ou l’organisation britannique « Privacy International » avaient déposé plainte contre ces règlementations respectives. Les tribunaux nationaux ont renvoyé les recours devant la Cour de justice européenne. L’avocat général de la CJUE, Manuel Campos Sánchez-Bordona, avait déjà souligné en janvier dernier que, selon lui, la conservation des données devait être régie par les principes de l’État de droit.

Surveillance sans motif

Depuis plusieurs années, il existe un conflit sur cette question, et ce dans plusieurs pays de l’UE, entre les autorités et les hommes et femmes politiques en charge des questions de sécurité d’une part, et les militants des droits civils et pour la protection des consommateurs d’autre part. Les partisans de cette mesure font valoir que pour préserver la sécurité nationale et lutter contre la grande criminalité, les enquêteurs devraient pouvoir accéder aux données de télécommunication stockées.

Ses détracteurs, en revanche, craignent une atteinte grave aux droits fondamentaux si les entreprises doivent enregistrer en masse les données de connexion de leurs clients – sans qu’il y ait au préalable un soupçon concret de délit. Par exemple, la conservation des données entraînerait le stockage des données de connexion de millions d’innocents. Cela représente un potentiel important d’abus de la part des autorités. De plus, les grands criminels et les terroristes utilisent d’après eux de toute façon des services ou des techniques de chiffrement qui ne sont pas saisis dans le cadre de la conservation des données.

Au Danemark, la conservation des données utilisée comme preuve a entraîné l’un des plus grands échecs judiciaires du pays. Des données de connexion et de localisation mal exploitées ont été utilisées pendant plusieurs années comme preuves dans des milliers de procès. La justice doit désormais rouvrir de nombreuses affaires et vérifier si de faux verdicts ont été prononcés.

La conservation des données ne cesse d’échouer

La décision de la plus haute juridiction européenne se référait certes essentiellement à des cas français, belges et britanniques. Cependant, parce qu’elle est de nature fondamentale, cette décision actuelle de la CJUE pourrait influencer le débat en Allemagne sur ce sujet sensible.

En Allemagne, la conservation des données est suspendue suite à un arrêt antérieur de la CJUE : en juin 2017, l’Agence fédérale allemande des réseaux avait suspendu temporairement l’obligation de conserver les données pour les fournisseurs d’accès à internet et de téléphonie – quelques jours seulement avant l’entrée en vigueur de la réglementation prévue. Ceci était dû à une décision de la Cour administrative supérieure de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, qui a jugé que le stockage de données de localisation et de trafic sans soupçon antérieur n’était pas compatible avec le droit européen. La CJUE avait déjà statué en 2016 qu’une conservation « sans discernement » des données téléphoniques et internet n’était pas compatible avec le droit communautaire.

Malgré toutes ces contradictions d’ordre juridiques, les hommes et femmes politiques de la SPD (partie social-démocrate allemand), de la CSU (l’union chrétienne-démocrate en Bavière) et de la CDU (Union chrétienne-démocrate allemande) ne démordent pas de la conservation des données. Le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer a renouvelé il y a peu ses demandes de surveillance sans motif. La ministre allemande de la Famille Franziska Giffey (SPD) s’est jointe à cette demande.

Dans un discours au Bundestag, la ministre allemande de la Justice Christine Lambrecht (SPD) qualifiait également la conservation des données de moyen potentiel contre la maltraitance des enfants. D’après le ministère allemand de la Justice, la déclaration de Lambrecht ne représente pas pour autant un changement de cap sur le sujet. L’intention était plutôt d’attendre la décision de la Cour de justice européenne. La raison pour laquelle Lambrecht a évoqué cette mesure reste floue. (dpa / hcz)

Les prix Nobel alternatifs ont été attribués

Créé le 01. October 2020, 16:00 | Catégorie: News

Les lauréats du Prix Nobel alternatif de cette année se battent contre la répression étatique, le racisme et l’exploitation des populations indigènes. Tous ne peuvent pas récupérer leur prix.

Les lauréats
Démocratie au Bélarus, racisme aux États-Unis – les domaines d’action des lauréats ne pourraient être plus d’actualité.

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Pour la première fois dans l’histoire des prix Nobel alternatifs, des militants des droits humains venant d’Iran et du Bélarus ont été récompensés de cette distinction prestigieuse. Le prix, qui porte officiellement le nom de Right Livelihood Award, est notamment attribué cette année à l’avocate des droits humains Nasrin Sotoudeh, actuellement en détention en Iran, ainsi qu’au défenseur des droits humains Alès Bialiatski et au centre des droits de l’homme qu’il a fondé, Viasna. C’est ce qu’a annoncé la Fondation Right Livelihood jeudi, à Stockholm.. Ont également été récompensés par le prix l’avocat des droits civiques Bryan Stevenson des États-Unis et la militante Lottie Cunningham Wren du Nicaragua.

De l’attention pour des militants méconnus

Le jury reste ainsi fidèle à sa ligne et récompense quatre personnalités qui ne sont pas vraiment au centre de l’attention internationale. Il est toujours allé dans ce sens précédemment, même si de temps à autres, des noms plus connus étaient apparus dans la liste des lauréats – l’année dernière, par exemple, celui de Greta Thunberg. Avec la militante suédoise pour le climat ont été récompensés la défenseure des droits humains Aminatou Haidar du Sahara occidental, la militante chinoise du droit des femmes Guo Jianmei ainsi que l’Amérindien Davi Kopenawa et son association autochtone Hutukara Yanomami.

Le Right Livelihood Award, décerné depuis 198,0 est connu en tant que prix Nobel alternatif. Avec lui, la Fondation Right Livelihood rend hommage à ceux qui s’engagent d’une manière conséquente pour la paix et pour un monde plus juste et plus durable, encourant souvent des risques importants. Cette année, 182 nominations de 71 pays envoyées à temps jusqu’à début mars ont été prises en compte. Cette distinction se veut ainsi porteuse d’une attitude critique envers les véritables prix Nobel, dont les lauréats seront annoncés à partir du 5 octobre à Stockholm et Oslo.

Contre les menaces envers la démocratie

Comme c’est souvent le cas, les prix Nobel alternatifs viennent cette année de parties du monde très différentes. Cependant, c’est la lutte pour l’égalité, la démocratie, la justice et la liberté qui les unit, comme l’a déclaré le directeur de la fondation Ole von Uexküll lors de l’annonce des prix. « En luttant contre des systèmes juridiques injustes et des régimes politiques dictatoriaux, ils parviennent à renforcer les droits humains, soutiennent les sociétés civiles et dénoncent les manquements institutionnels. »

Avec la sélection de cette année, la volonté était de jeter la lumière sur les menaces envers la démocratie qui s’intensifient dans le monde entier. « Il est grand temps que nous tous qui, dans le monde, croyons en la démocratie, nous levions et nous soutenions les uns les autres. »

Les lauréats

L’Iranienne Sotoudeh et le Bélarusse Bialiatski avec Viasna sont chacun les premiers lauréats des prix Nobel alternatifs dans leur pays. Sotoudeh, actuellement en détention, est récompensée car, d’après le jury, elle s’engage sans réserve pour la promotion des libertés politiques et des droits humains en Iran. Quant à Alès Bialiatski et au centre Viasna, ils recoivent le prix « pour leur combat déterminé pour l’avènement de la démocratie et des droits humains au Bélarus » – un thème qui, au regard des manifestations qui persistent contre le dirigeant controversé Alexandre Loukachenko, ne pourrait être plus actuel. Le prix pour Alès Bialiatski et Viasna est aussi une « expression de la solidarité internationale avec ceux qui se battent pour la liberté et la démocratie au Bélarus », a déclaré von Uexküll.

Avec la distinction de l’Américain (États-Unis) Stevenson, la Fondation Right Livelihood oriente l’attention vers un thème sociétal brûlant d’actualité, à savoir le débat sur le racisme aux États-Unis. L’avocat des droits humains aspire à la réforme de la justice pénale aux États-Unis ainsi qu’à la réconciliation des individus « au titre du traumatisme historique que représente le racisme ». Enfin, la Nicaraguayenne Cunningham s’engage sans relâche pour la protection du territoire des populations autochtones et contre leur exploitation et le pillage de leurs ressources, mais aussi, par ce biais, pour la protection de l’environnement.

Sotoudeh, Stevenson, Cunningham ainsi qu’Alès Bialiatski et Viasna seront, d’après les indications de la fondation, récompensés le 3 décembre dans le cadre d’une remise des prix qui devra se dérouler cette fois, en raison de la pandémie de Covid-19, de manière virtuelle. Chaque lauréat obtient un million de couronnes suédoises (environ 95 000 €) destinées à son travail. (dpa / hcz)

Amnesty : l'Europe fournit des technologies de surveillance à la Chine

Créé le 22. September 2020, 19:00 | Catégorie: News

Des entreprises européennes soutiennent l’appareil de surveillance chinois en lui fournissant des technologies. Amnesty International dénonce l’absence de contrôle des exportations.

Parlement européen
La Commission européenne éprouve des difficultés depuis des années à intégrer les droits humains aux décisions d’exportation. (Source : EmDee – CC BY-SA 4.0)

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Une technologie européenne utilisée pour porter atteinte aux droits humains et opprimer la population – cela semble absurde, mais c’est une réalité, d’après l’organisation de défense des droits humains Amnesty International. Actuellement, les entreprises européennes peuvent, presque sans être contrôlées, fournir à la Chine des logiciels et du matériel biométrique de contrôle, qui serviront là-bas notamment à la reconnaissance faciale, comportementale et des émotions.

D’après l’analyse d’ Amnesty « Out of Control » publiée le 22/09/2020, les entreprises risquent avec cela de contribuer à de graves « atteintes aux droits humains ». C’est pour cette raison que l’organisation exige des contrôles des exportations pour de telles technologies. Le Parlement européen, le Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne ont discuté hier de la nécessité éventuelle de réguler plus strictement l’exportation des techniques de surveillance.

L’UE freine

Pour Amnesty, il s’agit de ce qu’on appelle des biens d’exportation à double usage, c’est-à-dire de produits qui peuvent aussi bien être utilisés à des fins civiles que militaires. Dès 2016 déjà, la Commission européenne discute d’une réforme de la recommandation sur le contrôle des échanges “Recommandation sur le double usage n°428/2009”. Celle-ci fixe quelles règles s’appliquent à l’échange de certains produits qui peuvent également être utilisés à des fins militaires – par exemple la technologie nucléaire, les systèmes de navigation et, justement, les technologies de surveillance.

À l’avenir, plus de produits doivent être intégrés à cette régulation. Des obligations liées au devoir de diligence doivent être introduites et de nouveaux instruments de surveillance numérique doivent être intégrés à une liste de contrôle. Le critère de décision doit être la situation des droits humains dans les pays importateurs. Les mesures prévues « s’aligneraient avec l’engagement normatif de longue date de l’UE pour la protection des droits humains dans les domaines du commerce international et des relations internationales ». Jusqu’à présent, elles sont cependant bloquées par le Conseil de l’Union Européenne et le processus juridique serait apparemment enrayé.

Livraisons dans des zones de crise

Dans ce rapport, Amnesty International nomme à titre d’exemples négatifs trois entreprises française, suédoise et néerlandaise démontrant que trop peu de contrôles ont eu lieu jusqu’à présent. Celles-ci ont fourni des technologies numériques de surveillance à des institutions publiques – entre autres dans la région chinoise du Xinjiang. Là-bas, ces technologies doivent par exemple être utilisées afin de surveiller et d’opprimer la population ouïgoure. La surveillance de masse fait cependant partie du quotidien dans toute la Chine.

Dans la région du Xinjiang (officiellement : la Région autonome ouïgoure du Xinjiang) vivent une grande partie des Ouïgours de Chine, mais aussi des Hans et des Mongoles. Régulièrement, des tensions ethnico-religieuses surviennent dans la région auxquelles la Chine répond par des mesures répressives. Les observateurs internationaux et les organisations des droits humains font état de camps de rééducation et d’atteintes massives aux droits humains.

Reconnaissance des émotions et 30 000 caméras

Les trois entreprises citées à titre d’exemple sont Morpho (anciennement Idemia), Axis Communications ainsi que Noldus Informational Technology. D’après le rapport, Morpho a fourni en 2015 des technologies de reconnaissance faciale au Bureau de la sécurité publique de Shanghai. L’entreprise a confirmé la transaction à Amnesty. En 2017, deux ans après cet échange, Morpho a établi un règlement interne interdisant de vendre des systèmes d’identification à la Chine.

Axis Communications produit des caméras en réseau et a fourni ses produits à la Chine depuis au moins 2012. Dans des documents d’appel d’offre pour la surveillance d’État dont Amnesty dispose, Axis est présentée comme une « marque recommandée ». Plusieurs sources indiquent que les produits Axis sont utilisés pour « une surveillance de masse aléatoire ».

D’après ses propres déclarations, l’entreprise a fourni pas moins de 30 000 caméras pour le projet de surveillance « Skynet ». Les appareils couvrent un angle de vue de 360 degrés et offrent une portée de 300 à 400 mètres. L’entreprise a affirmé à Amnesty que rien n’indiquait lors de la participation aux projets chinois que les produits seraient utilisés à des fins portant atteinte aux droits humains.

Noldus a vendu entre 2012 et 2018 des systèmes de reconnaissance des émotions à des institutions qui travaillent avec la police chinoise et à d’autres services de sécurité. Le produit FaceReader reconnaît automatiquement si une personne est en colère, heureuse, triste, surprise ou dégoûtée. Jusqu’à juin dernier, le programme pouvait aussi reconnaître, entre autres, l’ethnie d’une personne.

Après que les médias néerlandais ont rapporté le fait que Noldus vendait son produit directement au Ministère chinois de la Sécurité publique, l’entreprise confirmait ses transactions avec la Chine. D’après Amnesty, cette technologie ne peut certes pas être utilisée pour la surveillance de masse mais seulement en laboratoire. Pourtant, le produit serait utilisé en Chine par les services de sécurité.

Les exportations n’étaient, d’après Amnesty, concernées par aucunes restrictions ou contrôles commerciaux. Par conséquent, de telles technologies peuvent être jusqu’à présent exportées sans encombre vers des « pays ayant mauvaise réputation en matière de droits humains ».hcz