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Fukushima : l'eau radioactive sera rejetée dans la mer

Créé le 16. April 2021, 16:37 | Catégorie: News

Le Japon veut déverser un million de tonnes d’eau radioactive dans le Pacifique. Les pays voisins, les défenseurs de l’environnement et les pêcheurs sont inquiets.

Un entrepôt de Fukushima
Dix ans après la catastrophe, le site de la centrale nucléaire reste un chantier de construction, une zone interdite et une installation de stockage temporaire pour l’eau contaminée. (source : IMAGO / Kyodo News)

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Après l’accident nucléaire majeur au sein de la centrale nucléaire de Fukushima en 2011, plus d’un million de tonnes d’eau contaminée se sont accumulées dans des milliers de réservoirs. Les réacteurs endommagés doivent être refroidis à l’eau pour éviter une fusion du cœur. Pendant longtemps, la question a été : qu’en faire ? Le gouvernement japonais a désormais pris la décision de traiter l’eau, qui continue à irradier, et de la rejeter progressivement dans le Pacifique. Outre les défenseurs de l’environnement, les pêcheurs et les résidents, les pays voisins sont également inquiets.

Le gouvernement japonais a annoncé que les ministres détenant les portefeuilles concernés s’étaient mis d’accord sur cette solution. Officiellement, le plan n’a pas encore été approuvé ; le Parlement doit encore se prononcer à son sujet. Mais la décision devrait être prise ce mois-ci. L’Agence internationale de l’énergie atomique, qui doit donner son accord, a déjà autorisé les projets du Japon.

Avant d’être rejetée, l’eau doit être purifiée (en anglais) et délivrée d’une grande partie de ses substances radioactives. Pourtant, un rayonnement résiduel dû à l’élément tritium subsiste. Le gouvernement et l’exploitant ont expliqué que le tritium n’était pas dangereux en petites quantités. De plus, les eaux usées sont censées être fortement diluées afin que les niveaux de radiation diminuent davantage. Le processus de traitement doit commencer en 2022 et sa durée est estimée à 30 ans.

Les réservoirs fuient déjà

Les réacteurs de la centrale endommagée doivent continuer à être refroidis à l’eau. Ceci produit chaque jour 170 tonnes supplémentaires d’eau contaminée, qui sont ensuite stockées dans de grands réservoirs sur le site de la centrale – selon le journal télévisé allemand Tagesschau, cela fait déjà 1020 réservoirs et environ 1,2 million de tonnes d’eau. Des fuites se sont déjà développées dans certains des réservoirs.

D’après le magazine allemand Spiegel Online, la société exploitante Tokyo Electric Power Company, alias Tepco, affirme que les capacités de stockage sont quasiment épuisées. Tepco essaie donc de se débarrasser de l’eau empoisonnée le plus rapidement possible. Par le passé, la société avait fait valoir à plusieurs reprises que cette mesure était nécessaire, et ce dans l’intérêt des résidents locaux. Le gouvernement justifie également ses plans en invoquant l’épuisement des capacités. Pour pouvoir assainir la centrale, il est inévitable de rejeter l’eau dans la mer, a déclaré le Premier ministre Yoshihide Suga.

Les responsables sur le terrain et les experts ont toutefois estimé que les capacités de stockage étaient encore suffisantes, selon le Spiegel. Greenpeace n’est pas non plus d’accord avec la version de Tepco, affirmant que l’on trouve constamment de nouveaux espaces pour les installations de stockage temporaire contenant de la terre radioactive près de la centrale. « On pourrait faire de la place pour des réservoirs d’eau exactement de la même façon », estime l’organisation pour l’environnement (en allemand).

Une préférence pour la solution la moins chère

Les avis divergent sur la question de la dangerosité pour l’environnement et l’homme de l’eau devant être rejetée.« Seule une faible proportion du tritium est fixée organiquement. Après une dizaine de jours, la moitié du tritium qui n’est pas fixée organiquement est excrétée du corps d’un adulte », a expliqué Burkhard Heuel-Fabianek, directeur de la division de la radioprotection au Centre de recherches de Juliers, dans l’émission de télévision Quarks. Le radioécologue Georg Steinhauser de l’université Leibniz de Hanovre ne voit pas de problème dans la démarche du Japon. « Le tritium ne présente aucun danger pour l’homme ou l’environnement s’il est dilué correctement et lentement dans la mer. C’est une fraction de ce qui y subsiste déjà des essais nucléaires », a déclaré M. Steinhauser à l’agence de presse allemande Deutschen Welle.

Cependant, l’organisation médicale IPPNW, par exemple, contredit cette version et lance un avertissement vis-à-vis des plans du gouvernement japonais (en allemand). « Au lieu d’écouter la raison et la science, le gouvernement japonais choisit de déverser des eaux contaminées par la radioactivité dans le Pacifique. C’est un scénario catastrophe pour les résidents et les pêcheries de la région », écrit le pédiatre Alex Rosen, membre du directoire de l’IPPNW. En outre, la société exploitante TEPCO a dû admettre à plusieurs reprises par le passé avoir publié des informations erronées sur les capacités de ses systèmes de filtrage. Dans des réservoirs d’eau prétendument nettoyés, des niveaux significativement élevés de substances cancérigènes telles que le strontium 90 avaient été trouvés.

Greenpeace confirme ce constat (en allemand). La quantité de strontium qui serait rejetée dans la mer serait à peu près équivalente à celle qu’un réacteur à eau pressurisée rejetterait en 120 000 ans de fonctionnement normal. Le carbone 14 radioactif est, d’après l’organisation, également un problème. L’usine de traitement des eaux proposée n’a même pas été conçue pour filtrer cet isotope. Tepco et le gouvernement japonais étaient conscients de ces dangers mais avaient néanmoins opté pour le système actuel de filtration ALPS (Advanced Liquid Processing System) pour des raisons financières. Des systèmes alternatifs disposant de meilleures valeurs empiriques étaient disponibles aux États-Unis, par exemple. Le système ne fonctionnant pas comme prévu, 800 000 tonnes d’eau devraient être traitées à nouveau.

« L’exploitant et le gouvernement veulent apparemment recourir à l’option la moins chère et déverser l’eau radioactive dans la mer. Le Pacifique va devenir un dépotoir. Mais il existe sans aucun doute des alternatives. On pourrait trouver de l’espace pour d’autres réservoirs d’eau, de la même façon qu’il y a toujours plus d’espace pour la terre contaminée qui a été déblayée. Le gouvernement japonais doit développer une solution alternative pour traiter les déchets radioactifs », a commenté Heinz Smital, spécialiste du nucléaire chez Greenpeace .

Les groupes de pêcheurs locaux se sont également prononcés contre le rejet de l’eau. Même si aucune exposition significative aux radiations ne devait se produire pour les poissons et fruits de mer évoluant à proximité de la centrale, les pêcheurs ont tout de même des craintes pour la vente de leurs produits. Ils s’attendent à un problème d’image pour les produits provenant de la zone touchée.

La réponse de la communauté internationale a été mitigée : alors que les États-Unis, d’après le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung considère que cette étape est en accord avec les standards internationaux, les pays voisins du Japon ont critiqué ces plans avant même leur annonce officielle. Les représentants de la Corée du Sud ont évoqué leur « grande inquiétude ». La Chine a appelé à la prudence. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que les préoccupations en matière de sécurité demeuraient et que la Chine n’avait « pas vraiment été consultée par Tokyo pour cette décision ».

Des millions de tonnes de déchets

La catastrophe nucléaire de Fukushima s’est produite le 11 mars 2011, lorsqu’un séisme sous-marin puis un tsunami de près de 15 mètres de haut ont frappé les côtes japonaises. Le circuit de refroidissement de la centrale ayant été touché, une fusion du cœur du réacteur s’est produite, des incendies se sont déclarés et des explosions ont eu lieu. De l’eau de refroidissement contaminée a fui et s’est mélangée aux eaux souterraines. Cette dernière a ensuite dû être pompée.

160 000 personnes ont dû fuir la région touchée, dont environ 30 000 ne peuvent toujours pas rentrer chez elles. Une zone de la taille de Munich reste fermée à l’accès. Plus de 20 millions de tonnes de déchets contaminés par la radioactivité doivent encore être éliminés.

La leçon n’a pas été retenue

Malgré cette catastrophe nucléaire, qui vient après d’autres comme celle de Tchernobyl, des voix s’élèvent notamment en Europe (en allemand), en Chine (en anglais) et aux États-Unis (en allemand) pour demander un retour à l’énergie nucléaire. Les représentants de l’industrie et les personnalités politiques proches de l’industrie présentent l’énergie nucléaire comme une alternative écologique au gaz, au pétrole et au charbon, et l’assimilent même parfois à des méthodes de production d’énergie renouvelables comme l’énergie solaire et éolienne.

Jusqu’à présent, il n’existe pourtant nulle part une solution définitive pour les déchets nucléaires accumulés. Ils émettent des radiations durant des centaines de milliers d’années et restent toxiques pour toutes les créatures vivantes. Les installations de stockage définitif adaptées à cette longue période de stockage font encore défaut, et ne seront peut-être jamais trouvées.

La ministre allemande de l’Environnement Svenja Schulze (Parti social-démocrate d’Allemagne, SPD) a mis en garde, début mars, contre les risques du nucléaire, dix ans après la catastrophe du réacteur de Fukushima. Elle a déclaré au quotidien allemand Neue Osnabrücker Zeitung : « Les concepts de base [des centrales nucléaires] sont tous connus depuis des décennies, mais ils n’ont pu être acceptés nulle part, notamment parce qu’ils ne résolvent pas la question cruciale : Il reste des dangers, et il reste des déchets nucléaires. Ce qui est d’après elle dangereux dans ces solutions illusoires, c’est qu’elles détournent l’attention de ce qui est vraiment nécessaire, à savoir la recherche d’installations de stockage définitif et une « expansion massive des énergies éolienne et solaire. »

« Les risques de l’énergie nucléaire ne sont pas gérables en toute sécurité, et ce même pour un pays hautement industrialisé », a déclaré Inge Paulini, présidente de l’Office fédéral allemand de la radioprotection début mars au quotidien allemand Rheinische Post.

Le président de l’Office fédéral allemand de gestion des déchets nucléaires, Wolfram König, a déclaré que l’énergie nucléaire n’était pas un moyen de lutter contre le changement climatique. « Même avec les nouveaux modèles, elle est et demeure une technologie qui n’a pas été pensée jusqu’au bout : elle ne produit pas d’électricité bon marché, comporte des risques élevés et crée un fardeau éternel de déchets hautement radioactifs. », a-t-il déclaré au groupe de presse Funke-Mediengruppe. En outre, il ajoute que cette technologie comporte toujours une utilisation militaire potentielle qui pourrait être exploitée par des États non démocratiques en particulier.

D’après l’enquête de Greenpeace « Lessons not Learned from the Fukushima Accident » (en anglais), au moins dix centrales nucléaires au sein de l’Union européenne fonctionnent sans approche de sécurité suffisante en termes de protection contre les catastrophes naturelles.

L’Allemagne souhaite fermer les dernières centrales nucléaires du pays fin 2022 (en allemand). (hcz)

Fuite au sein de Facebook : les responsables irlandais de la protection des données interviennent

Créé le 08. April 2021, 17:57 | Catégorie: News

Facebook a omis de signaler la perte de 533 millions de données d’utilisateurs. L’autorité irlandaise de protection des données enquête désormais sur cette affaire.

Facebook
Environ 9 millions d’utilisateurs en Allemagne, en Autriche et en Suisse sont également touchés par l’incident. (Source : IMAGO / CHROMORANGE)

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La publication récente d’informations sur plus d’un demi-milliard d’utilisatrices et d’utilisateurs de Facebook a incité l’autorité irlandaise de protection des données, qui est responsable en Europe, à prendre des mesures : Facebook n’avait pas informé l’autorité de sa propre initiative. La société n’a apparemment pas non plus informé une grande partie des personnes concernées.

Des millions de citoyens allemands concernés

Ce week-end, les données sensibles d’environ 533 millions d’utilisateurs de 106 pays ont été découvertes sur un forum Internet. Il s’agit notamment d’adresses e-mail, de numéros de téléphone, de dates de naissance, du sexe, du statut relationnel et d’adresses de résidence des personnes concernées. D’après le site d’information allemand Golem.de, 2,5 millions des enregistrements contenaient des adresses e-mail et 510 millions des numéros de téléphone.

Selon les dernières données, Facebook compte 2,8 milliards d’utilisateurs actifs au moins une fois par mois. Les données des utilisateurs comprennent d’après le site Golem 6,05 millions d’entrées provenant d’Allemagne, ainsi que 1,25 million d’Autriche et 1,59 million de Suisse.

Une porte-parole de Facebook a déclaré sur Twitter qu’il s’agissait de données anciennes et qu’elles avaient été consultées avant que le réseau en ligne ne « corrige le problème » (« fixed the issue ») en 2019. Les utilisatrices et utilisateurs de Twitter ont alors demandé ce qui avait été corrigé exactement, si les données sont maintenant disponibles pour le téléchargement.

L’autorité irlandaise de protection des données souhaite désormais enquêter sur l’incident : « Suite à la couverture médiatique du week-end, nous enquêtons tout de même sur cette affaire afin de déterminer si l’ensemble de données correspond bien à celui de 2019. », a déclaré le commissaire adjoint irlandais à la protection des données Graham Doyle à la chaîne de télévision BBC (en anglais) .

Une attaque avec des outils de Facebook

Les numéros de téléphone prélevés n’étaient pas visibles publiquement sur Facebook et étaient stockés pour faciliter la recherche d’amis et de connaissances sur Facebook. Cependant, des inconnus ont trouvé le moyen de les siphonner pour de nombreux profils en manipulant la fonction de recherche d’amis de Facebook.

Facebook avait déjà admis en 2018 que vraisemblablement toutes les données des utilisateurs – alors déjà plus de deux milliards – accessibles publiquement avaient été prélevées systématiquement et de manière automatique. En 2019 déjà, les numéros de téléphone de 420 millions d’utilisateurs apparaissaient en ligne.

Dangers

Les adresses électroniques et les numéros de téléphone peuvent être utilisés pour contacter des personnes de manière ciblée et sans leur consentement, par exemple pour des tentatives de fraude ou des publicités non sollicitées. Si des informations personnelles associées, telles que des dates de naissance et des adresses, sont également en circulation, le risque d’usurpation d’identité augmente.

En effet, ces données sont utilisées par de nombreuses plateformes et prestataires de services pour les vérifications d’identité. Si un attaquant connaît une adresse électronique et une date de naissance, par exemple, il peut réinitialiser un mot de passe sur certaines plateformes. Les adresses publiées sont fondamentalement dangereuses pour quiconque fait des déclarations publiques controversées et pourrait de ce fait être par exemple la cible d’opposants politiques.

Les deux chercheurs en sécurité Moritz Gruber et Matteo Große-Kampmann ont également trouvé des informations personnelles de plus de 30 membres du Bundestag dans l’ensemble de données. D’après le site Golem, apparaissaient notamment Philipp Amthor (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, CDU), Martina Renner (parti La Gauche, die Linke) et Canan Bayram (parti Les Verts, die Grünen). Les chercheurs ont également trouvé deux hommes politiques populaires, Kevin Kühnert (Parti social-démocrate d’Allemagne, SPD) et Thomas L. Kemmerich (Parti libéral-démocrate, FDP) qui n’ont actuellement pas de siège au Bundestag. Les numéros de téléphone et les adresses de ces personnalités politiques étaient notamment disponibles.

S’adressant à la BBC, des experts en sécurité informatique ont exprimé leur inquiétude quant au caractère « immuable » d’une grande partie des données extraites. Il est impossible de modifier, et ce tout au long de sa vie, des informations telles que son lieu et sa date de naissance.

Alon Gal, l’expert en sécurité informatique qui avait rendu l’incident public a déclaré sur Twitter (en anglais): « Les acteurs malveillants utiliseront très certainement ces informations à des fins d’ingénierie sociale, d’escroquerie, de piratage et de marketing. » Si une personne possède un compte Facebook, il est très probable que le numéro de téléphone utilisé pour ce compte ait fait l’objet d’une fuite, a-t-il déclaré.

Les utilisateurs de Facebook n’ont d’autre choix que d’être d’autant plus vigilants face aux spams et aux attaques d’hameçonnage, et encore plus méfiants face aux courriels et aux appels téléphoniques suspects provenant d’inconnus. (dpa / hcz)

Injonctions de suppression par l'UE : un collectif élargi de défense des droits civiques estime la liberté d'expression menacée

Créé le 30. March 2021, 16:59 | Catégorie: News

Plus de 60 organisations appellent le Parlement européen à rejeter le projet d’injonctions de suppression rapide pour les projets terroristes. Elles craignent des manquements à l’État de droit et des excès de la part d’États autoritaires.

EU-Filter
Ce qu’un État de l’UE qualifie de terroriste pourrait à l’avenir devoir être également effacé dans un autre État. (Quelle: IMAGO / Ralph Peters)

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Les organisations de défense des droits humains et des droits civiques voient dans le projet de règlement européen contre « la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne » (« règlement TERREG ») une menace pour la démocratie. Dans une lettre incendiaire adressée au Parlement européen, elles expriment leur inquiétude quant à la menace qu’il ferait peser sur la liberté d’opinion et d’expression, la vie privée, l’État de droit et le libre accès à l’information. Les gouvernements des États de l’UE pourraient faire supprimer des contenus chez d’autres membres de l’UE, et ce sans contrôle judiciaire. Ainsi, des preuves de violations des droits de l’homme pourraient par exemple disparaître. En raison des délais de suppression courts, les gestionnaires des plateformes sont selon elles incités à utiliser des filtres de téléchargement qui pourraient également supprimer par erreur des contenus légaux.

Plusieurs organisations de défense des droits humains et des droits civiques, ainsi que des associations de journalistes font partie des signataires : parmi elles, Amnesty International, La Quadrature Du Net, la Ligue des Droits de l’Homme, Reporters sans frontières, le Chaos Computer Club (CCC), la Electronic Frontier Foundation (EFF), European Digital Rights (EDRi), Statewatch et Wikimedia.

Les auteurs reconnaissent que certains points problématiques ont été désamorcés lors des discussions en trilogue avec le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne. Mais le projet de texte final contient encore « des mesures dangereuses qui, à terme, affaibliront la protection des droits fondamentaux dans l’UE ». De plus, un « précédent pour la réglementation des contenus en ligne dans le monde entier » serait créé.

La « Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures », en charge du sujet, avait voté le projet à la mi-janvier, et le Conseil des ministres de l’Union européenne également à la mi-mars. Le vote du Parlement européen est toujours en attente.

Une heure de délai

Les plateformes en ligne comme Facebook, Twitter et YouTube doivent à l’avenir supprimer les « contenus à caractère terroriste » dans l’UE une heure après la demande des autorités. Les textes, images, enregistrements sonores et vidéos, y compris les contenus diffusés en direct (live streams) incitant à des infractions terroristes seraient concernés. Les instructions relatives à de telles infractions et l’incitation à rejoindre des groupes terroristes en font également partie. De plus, les instructions portant sur la construction de bombes et d’armes doivent être également supprimées.

Le règlement s’adresse à toutes les plateformes qui proposent leurs services dans l’UE. Si celles-ci reçoivent une injonction de suppression des autorités compétentes, elles seront à l’avenir contraintes de supprimer ou de bloquer ces contenus en l’espace d’une heure. Une prérogative du juge n’est pas prévue. Les petites plateformes et les plateformes non commerciales sont exemptées du délai d’une heure.

Les autorités peuvent également envoyer des injonctions de suppression aux prestataires dont le siège social est situé dans un autre État de l’UE. Dans un délai de 48 heures, les plateformes ont la possibilité de demander à l’autorité compétente de leur pays d’examiner la demande. Cette dernière est censée bloquer la requête si elle estime qu’elle viole le règlement ou les droits fondamentaux de l’UE. Les injonctions peuvent également être contestées devant les tribunaux.

Le retour des filtres de téléchargement

Les signataires craignent le fait que la pression à agir vite inscrite dans le règlement conduise les plateformes à utiliser de plus en plus de filtres automatisés pour la modération et la suppression de contenus. Les signataires citent dans la lettre à titre d’exemple ce qu’on appelle les filtres de téléchargement (en allemand).

Les « outils automatiques » ne peuvent, selon eux, pas distinguer entre les contenus relevant de la parodie, de l’activisme, du contre-discours ou du terrorisme. Les auteurs s’inquiètent du fait que les contenus légaux comme les articles de presse ou les commentaires satiriques soient supprimés de manière automatique. Les preuves de crimes de guerre et de mauvais traitements pourraient également disparaître.

Les pratiques actuelles de modération des contenus supprimeraient déjà de grandes quantités de contenus qui documentent par exemple la violence dans les zones de guerre, et sont téléchargés par des survivants, des civils ou des journalistes. Les auteurs nomment à titre d’exemple les Syrian and Yemeni Archives dont les gestionnaires collectent des preuves pour des poursuites pénales ultérieures des criminels de guerre. De plus, les pratiques de modération se caractériseraient déjà par un « profond manque de transparence et de précision de la prise de décision automatisée ». Il manquerait au nouveau règlement des mesures de protection qui pourraient empêcher cela à l’avenir. La tendance se renforcerait même avec ce nouveau règlement. Les filtres de téléchargement auraient en outre un effet négatif sur Internet , notamment en ce qui concerne son architecture ouverte et ses éléments constitutifs interopérables.

« Intervention excessive et abus de pouvoir »

Le règlement prévoit que les autorités compétentes puissent faire appliquer les injonctions de suppression non seulement dans leur propre pays, mais aussi là où le contenu est hébergé, tant qu’il s’agit d’un État membre de l’UE. La compétence d’exécution juridique des États membres est ainsi étendue au-delà de leur territoire. Les auteurs y voient un danger pour la « coopération judiciaire » entre les États de l’UE. Celle-ci repose en effet sur la confiance, qui pourrait cependant être affectée en raison des « graves menaces qui pèsent sur l’État de droit dans certains États membres de l’UE » .

Les États membres sont d’ores et déjà en désaccord pour savoir si certains contenus relèvent plutôt du terrorisme, de l’ironie, de l’expression artistique ou du reportage journalistique. Ces désaccords ne seraient pas résolus par les procédures envisagées. Les organisations signataires craignent « une intervention excessive et des abus de pouvoir ».

Pas de contrôle judiciaire

En outre, le problème de l’absence de contrôle indépendant se pose également : les ordres de suppression seront apparemment émis sans contrôle judiciaire préalable. Il ne sera donc pas vérifié en amont si les droits des personnes sont bafoués. Cela est valable aussi bien pour les injonctions de suppression dans un pays donné ou dans les autres États membres.

Les États membres doivent désigner leurs propres autorités qui délivreront notamment les injonctions de suppression. Celles-ci doivent agir de manière objective et non discriminatoire. Cependant, les organisations signataires estiment que seuls les tribunaux et des autorités indépendantes et contrôlées par la justice doivent accomplir cette tâche. Elles écrivent que « cela [le manque d’un contrôle judiciaire] porte également atteinte à la Charte des droits fondamentaux, qui protège la liberté de recevoir et de communiquer des informations et dispose que l’expression licite est protégée et ne devrait être limitée qu’ultérieurement, par un tribunal et sur demande légitime. »

Le Parlement européen procédera à un vote final sur ce règlement lors de la session plénière du 26 au 29 avril. Le collectif appelle les députés à voter contre le règlement. (hcz)

Reporters sans frontières poursuit Facebook en justice

Créé le 25. March 2021, 16:17 | Catégorie: News

Reporters sans frontières poursuit Facebook en justice en France car la plateforme entreprend trop peu contre les discours haineux et la désinformation. L’organisation envisage également des plaintes dans d’autres pays.

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Facebook n’a pas supprimé des commentaires haineux contre des journalistes. (Source: IMAGO / Steinach)

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À Paris, Reporters sans frontières (RSF) a intenté une action en justice contre Facebook, comme l’a annoncé l’organisation ce mardi. RSF reproche au réseau social des pratiques commerciales trompeuses relatives à la désinformation et aux contenus haineux : Facebook s’engage de manière légalement contraignante à offrir un environnement numérique sûr. Mais selon RSF, la plateforme permet aux fausses informations sur la pandémie de la Covid-19, aux commentaires haineux ainsi qu’aux menaces contre les professionnels des médias de proliférer sans encombre.

La plainte a été déposée en France car les consommatrices et les consommateurs y disposent de moyens conséquents pour faire valoir leurs droits. Les violations de la protection des consommateurs peuvent entraîner, en plus d’amendes considérables, des peines de prison pour les responsables.

Reporters sans frontières se réfère aux conditions générales d’utilisation de Facebook : l’entreprise y interdit de partager du contenu « illégal, trompeur, discriminant ou frauduleux ». Dans les Standards de la communauté, l’entreprise s’engage de plus à « limiter la diffusion de fausses informations sur Facebook ».

Facebook ne tient pas ses promesses

Sur la base d’analyses d’experts, de témoignages et de citations d’anciens employés de Facebook, RSF entend prouver que ces engagements contraignants ne sont en grande partie pas respectés. Les fausses informations continueraient à se propager sur la plateforme, parfois des mois après leur publication, sans être signalées ni contextualisées. L’entreprise n’aurait pas supprimé des commentaires haineux à l’encontre de journalistes, alors que ceux-ci pouvaient avoir un impact sur la sécurité des personnes concernées.

Concernant la lutte contre la haine en ligne, RSF prévoit deux constats d’huissier, courants dans le système juridique français : ainsi, l’ONG a collecté des dizaines de commentaires publiés en septembre 2020 sur la page Facebook du magazine satirique français « Charlie Hebdo » contenant des insultes, des menaces ou des incitations à la violence contre le magazine et ses employés.

De plus, l’ONG a consigné des commentaires de haine et des menaces contre des journalistes de l’émission de télévision « Quotidien » publiés sur Facebook, ainsi que des messages haineux contre le journal régional « L’Union ». En février 2021, un photographe de ce journal avait été agressé et grièvement blessé.

« La moins sûre » des plateformes

D’autres documents joints à la plainte sont censés démontrer à quel point Facebook entreprend peu contre les commentaires de désinformation sur la Covid-19. À elles seules, cinq publications d’un film classé dans la catégorie des théories conspirationnistes ont été vues plus de 4,5 millions de fois en l’espace de deux mois.

Reporters sans frontières se réfère ici à l’ONG First Draft qui lutte contre les fake news. En novembre, elle avait qualifié Facebook de « plaque tournante des théories du complot contre les vaccins » dans l’espace francophone. En décembre, l’UNESCO déclarait que Facebook était « la moins sûre des plateformes de réseaux sociaux ».

Début 2021, Facebook avait assuré dans une campagne de pub française « fournir des informations précises en temps réel afin de mieux combattre la pandémie ». Dans ces publicités, l’entreprise a également déclaré travailler avec des gouvernements et des ONG afin de « partager des informations fiables sur la Covid-19 ».

Cette plainte s’adresse aussi bien à Facebook France qu’au siège européen principal de l’entreprise en Irlande.

Une forte protection des consommateurs

RSF veut démontrer avec cette plainte que Facebook ne prend pas suffisamment ses responsabilités par rapport aux conséquences sociétales de ses actions. L’organisation se serait décidée pour la France comme lieu de juridiction car son droit pénal en matière de protection des consommateurs y offre des moyens particulièrement conséquents pour faire respecter les droits des consommateurs. En France, une pratique commerciale est considérée comme frauduleuse « lorsqu’elle repose sur des allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur », en particulier concernant « les caractéristiques essentielles du bien ou du service » ou la « portée des engagements de l’annonceur ». Une telle infraction pourrait être sanctionnée par une amende pouvant aller jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel.

Reporters sans frontières s’attend à ce qu’en cas de succès, les conséquences aient une portée importante, car les conditions d’utilisation de Facebook sont identiques dans le monde entier. L’organisation envisage donc d’engager également des poursuites similaires dans d’autres pays. (js)

Birmanie : l'armée a accès à la reconnaissance faciale

Créé le 17. March 2021, 18:02 | Catégorie: News

En Birmanie, le gouvernement militaire a accès à un système de reconnaissance faciale déjà existant dans la capitale. Les défenseurs des droits humains y voient un danger pour les manifestants.

Manifestations en Birmanie
Depuis le putsch de février, des manifestations ont lieu en Birmanie contre la junte militaire. (Source : IMAGO / ZUMA Wire)

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Dans la capitale birmane Naypyidaw, les autorités locales avaient fait installer un système de reconnaissance faciale et des plaques d’immatriculation à la mi-décembre. Depuis le putsch du 1er février, la junte militaire y a accès. L’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) craint désormais que cette technique ne soit utilisée contre les manifestants.

En tout, 355 caméras de surveillance étatique sont utilisées dans huit quartiers de Naypyidaw, comme le rapportait HRW vendredi dernier (en anglais). Ces appareils scannent de manière automatisée les visages et les plaques d’immatriculation dans l’espace public et avertissent les autorités lorsque des personnes recherchées ou des véhicules sont retrouvés. Les gouvernements locaux avaient planifié ces projets intitulés « Safe City » dès 2018 et argué qu’ils amélioraient la sécurité tout en réduisant les activités criminelles. D’ici le milieu de l’année 2021, elles veulent installer un système similaire à Mandalay ; plus tard, la ville de Rangoun devrait suivre.

Depuis le coup d’État de l’armée en Birmanie, des manifestations, dont certaines sont réprimées dans la violence (en allemand), ont lieu : rien que dimanche dernier, jusqu’à 38 manifestants y ont trouvé la mort. Manny Maung, experte de la division Asie de HRW, craint que le système de surveillance de la junte ne puisse contribuer à réprimer les manifestants : « La capacité des autorités à identifier les personnes dans la rue, à surveiller potentiellement leurs allées et venues et leurs relations et à s’introduire dans leur vie privée représente un réel danger pour les activistes anti-putsch. »

D’après Human Rights Watch, l’utilisation de cette technique manque également de transparence : on ne sait exactement ni comment les données personnelles sont collectées, ni comment elles sont enregistrées et utilisées. En décembre, l’agence de presse Myanmar Now avait rapporté (en anglais) que le système de surveillance sauvegarderait les enregistrements vidéo pour 60 jours. De plus, Human Rights Watch critique le fait qu’on ignore quelles autorités ont accès à ces données, et dans quelles circonstances. En outre, l’utilisation de la reconnaissance faciale et des plaques d’immatriculation a été autorisée sans débat public.

La protection de la vie privée abrogée

D’après HRW, cette surveillance est particulièrement inquiétante car la junte militaire a abrogé (en anglais) en février plusieurs paragraphes de la loi sur la protection de la vie privée et de la sécurité des citoyens. Entre autres, la protection contre les emprisonnements arbitraires a été supprimée. Un autre paragraphe supprimé concernait le droit à la vie privée et interdisait la surveillance étatique sans mandat judiciaire préalable. En Birmanie, il n’y a par ailleurs pas de disposition concernant la collecte, le traitement ou l’enregistrement de données personnelles. Les données biométriques, particulièrement sensibles, ne sont pas non plus protégées.

La reconnaissance faciale est considérée comme sujette aux erreurs et comporte le risque que des personnes innocentes soient prises pour cible par les forces de l’ordre. Mais même si cette technique était fiable, elle permettrait aux gouvernements de surveiller les habitudes des citoyennes et des citoyens, dénonce HRW. Cela pourrait entraîner un « chilling effect » (un effet dissuasif), si bien que les personnes, par peur de la surveillance, ne participeraient plus à des rassemblements ou n’exprimeraient plus leur opinion librement. De plus, cette technique pourrait par exemple être utilisée pour surveiller de manière ciblée et discriminer certains groupes ethniques.

Le gouvernement militaire ne doit pas utiliser la reconnaissance faciale

HWR fait un rappel de la Déclaration universelle des droits de l’homme : celle-ci stipule que nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée et que toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles atteintes. Les autorités birmanes devraient par conséquent garantir que les données personnelles ne soient traitées que dans un cadre strictement limité, dans la mesure où cela s’avère nécessaire et proportionné.

Le gouvernement birman élu justifiait la surveillance de masse par la lutte contre le crime, mais ne ferait ainsi que renforcer la junte militaire. « L’introduction de ces technologies devrait être suspendue en raison des risques qui y sont associés et de la possibilité d’atteintes supplémentaires au droit », a réclamé Manny Maung.

D’après Human Rights Watch, une partie de l’équipement de reconnaissance faciale proviendrait de l’entreprise chinoise Huawei. Celle-ci a confirmé à l’organisation des droits humains avoir livré des caméras. Le groupe nie cependant le fait que le logiciel utilisé provienne de lui. On ignore encore si Huawei a effectivement vendu ces caméras sans cette technologie de reconnaissance controversée ou a mandaté des sous-traitants pour l’installation de cette technique. L’année dernière, Huawei a apparemment testé un logiciel de caméra (en allemand) qui peut reconnaître les membres de la minorité opprimée des Ouïgours. D’après les dispositions des Nations Unies, les entreprises technologiques doivent s’assurer que leurs produits ne sont pas utilisés pour porter atteinte aux droits humains, rappelle HRW.

Depuis le putsch en février, des coupures d’Internet (en allemand) ont également lieu en Birmanie : l’organisation NetBlocks rapportait lundi dernier (en anglais) qu’Internet continuerait à être éteint la nuit. Le réseau mobile ne fonctionne apparemment pas non plus la journée. D’après Human Rights Watch, la plupart des personnes en Birmanie utilisent Internet via leur téléphone mobile (en anglais). En raison de la perturbation des systèmes de communication, il est actuellement difficile pour les citoyennes et les citoyens en Birmanie de s’informer sur ce qui se déroule dans le pays. D’après NetBlocks, la junte militaire a également bloqué l’accès à l’encyclopédie en ligne Wikipedia en Birmanie. (js)